L’épineuse question des frises du Parthénon conservées au British Museum…

Le célèbre musée britannique possède la moitié des plaques (soit 56) de la frise qui ornait le Parthénon à Athènes. La question du bien fondé de leur conservation à Londres alimente de virulentes discussions depuis maintenant deux siècles.

Comment ces vestiges prodigieux sont ils arrivés en Albion ? En 1801, Lord Elgin (1), alors ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l’Empire ottoman (dont la Grèce fait partie), compose une équipe de peintres et de sculpteurs dirigée par Giovanni Battista LUSIERI. Leur mission : peindre, mouler et si possible acheter tout ce qui a trait à la Grèce antique. L’objectif de cette mission : enrichir les Beaux Arts anglais et affuter le goût de ses compatriotes. Les ruines du Parthénon lui paraissent à cet égard incontournables, on le comprend aisément. Mais la tâche est ardue car l’Acropole est alors une forteresse militaire dont l’accès est rigoureusement interdit. Qu’à cela ne tienne, Elgin obtient en juillet 1801 un firman (2) de la Sublime Porte lui garantissant un accès définitif aux lieux de ses convoitises. Il monnaye grassement le silence et la négligence des autorités locales à Athènes et charge, dès le 31 juillet 1801, deux métopes sur un bateau à destination de Londres. Entre 1801 et 1805, c’est donc la moitié de la frise du Parthénon qui est écoulée vers la Grande Ile.

A Londres, Lord Elgin loue une grande demeure sur Park Lane afin d’y exposer ses collections qui deviennent rapidement très à la mode. L’engouement et l’enthousiasme des visiteurs ne fait que croître.

Lord Elgin n’a néanmoins pas les moyens de ses ambitions démesurées. Lourdement endetté, il doit renoncer à son musée personnel et cherche alors à vendre les fruits de son activité archéologique intense. Plusieurs acquéreurs s’étaient fait connaitre depuis longtemps (Lord Aberdeen en 1806 ou le roi de Bavière). C’est à l’état britannique que Lord Elgin réserve la primeur. Le Parlement vote l’achat des plaques de marbre mais refuse d’y intégrer la clause, pourtant prévue, qui stipule que le gouvernement britannique conservera les frises jusqu’à ce que son propriétaire légitime les réclame… Il faut dire que des voies tonitruantes se font entendre dès 1810 pour dénoncer ce rapt, voies au nombre desquelles se compte celle de Lord Byron (3).

L’aventure de ces trésors antiques se poursuit. Entre 1817 et 1832, les célèbres plaques de marbre sont exposées dans une salle temporaire du British Museum avant d’être transportées dans la “Elgin room” inaugurée en 1832. Dans les années 1930, Joseph Duveen (4) finance la construction d’une nouvelle galerie qui sera achevée en 1938 mais intégralement détruite par les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. Les vestiges antiques n’y seront jamais installés car ils sont judicieusement entreposés dans le métro londonien au début de la guerre et ce jusqu’à l’extrême fin des années 1940. Ils seront finalement installés dans une galerie du Musée dont la construction prend fin en 1962.

Dès les années 1820, qui sont marquées par l’indépendance de la Grèce, les grecs commencent à réclamer le retour sur leur sol de ces trésors nationaux. L’un des grands arguments invoqués par la Grande Bretagne pour justifier son refus est l’incapacité dans laquelle se trouve cet Etat naissant  à offrir une conservation optimale et pérenne aux précieux hauts-reliefs. Si cet argument n’est pas totalement infondé, il n’en est pas pour autant parfaitement convaincant, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, la capitale britannique est au XIXème siècle, est une des villes les plus polluées au monde. Les frises du Parthénon n’échapperont pas aux assauts répétés d’une industrialisation galopante et sont dans les années 1930, couvertes de résidus de cette pollution (dioxyde de carbone, souffre, suie) ! D’autre part, ces frises ont été par deux fois l’objet d’une politique de restauration, qui, si elle avait été menée à bien, se serait avérée aussi néfaste que zélée… Dès l’installation des vestiges dans la maison de Park Lane, Lord Elgin fait appel à Antonio Canova (5) pour leur restauration. Il faudra la ruine du premier et le refus catégorique du second -qui crie au sacrilège- pour éviter le pire. Lorsque Joseph Duveen décide de financer la construction d’une nouvelle aile dédiée aux fragments de la frise, il impose comme condition, leur remise en état. Et par “remise en état”, il entend leur décapage afin qu’ils soient débarrassés des scories laissées par le temps et la pollution et qu’ils retrouvent leur soi-disant blancheur originelle (cf. Le mythe de la Grèce blanche de Philippe Jockey).

L’engouement pour les frises du Parthénon naît en Europe au XIXème siècle et perdure encore aujourd’hui. C’est en effet à partir des années 1810 que l’existence de ces sculptures d’exception est révélée au grand public. Et c’est aussi à partir de cette époque que l’on retrouve le plus de traces de l’influence de ces sculptures dans l’art occidental. Tout au long du XIXème siècle, visiteurs et artistes se presseront pour admirer, dessiner, reproduire ces chefs d’oeuvre. Il n’est pas impossible que les jeux de jambes inouïs des dieux (cf.la reproduction ci-dessus) aient inspiré Frédéric Leighton  lorsqu’il a peint en 1877 la “Leçon de musique” (Guildhall Art Gallery, Londres), par exemple.

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Londres ou Athènes ? La question reste entière… Mais elle se pose de manière plus vive depuis l’inauguration du nouveau musée de l’Acropole à Athènes, construit par Bernard Tschumi dans l’objectif, entre autres, d’accueillir les fragments conservés au British Museum.

(1) Thomas Bruce (1766-1841), 7ème comte d’Elgin, ambassadeur britannique à Constantinople (1799-1803).

(2) Décret royal émis par les souverains dans certains pays islamiques (Wikipédia)

(3) Lord Byron (1788-1824), poète anglais de la période romantique. Il a activement participé à la guerre d’indépendance de la Grèce.

(4) Joseph Duveen (1869-1939), grand marchand d’art international.

(5) Antonio Canova (1757-1822), sculpteur italien. Célèbre pour ses portraits en buste ou en pieds sculptés dans le marbre, il s’inspire de la statuaire et de la mythologie antique.

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Psyché ranimée par l’Amour, 1787-1793, Musée du Louvre, Paris.

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Pauline Borghèse en Venus Vitrix, 1804-1808, Villa Borghèse, Rome.

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