Lors de mon séjour parisien, poussée par la curiosité, et par l’enthousiasme de mes amis qui l’avaient vu, je me suis décidée à aller voir « 21 Rue La Boétie », m’attendant à deux ou trois salles, pleines de tableaux rangés par artistes, mouvements ou peut être par dates d’acquisition… Enfin, mes attentes n’étaient pas très élevées. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai franchi la porte du musée !
« 21 Rue la Boétie », ce n’est pas seulement une série de tableaux achetés puis vendus par Paul Rosenberg. C’est aussi l’histoire de cet homme « Discret et méconnu »,[1] qui pourtant a joué un rôle clé dans l’histoire de l’art contemporain.
Paul Rosenberg, né le 29 décembre 1881, est le fils d’Alexandre Rosenberg, marchand de grains à Bratislava, devenu marchand d’art à Paris en 1878. Dès l’âge de 16 ans, Paul apprend le métier de son père, observant tous ses faits et gestes. En 1906, il prend la direction de la galerie familiale au 38 Avenue de l’Opéra, aidé de son frère Léonce. En 1910 les frères se séparent et fondent chacun leur galerie, l’un au 19 rue de La Baume, et l’autre au 21 rue La Boétie. C’est là que commence véritablement la carrière de Paul. Inspiré de son père, il ne vendra que des toiles très « modernes », ayant une longueur d’avance sur ses confrères. En effet, dès ses débuts, il se débarrassera des toiles de l’école Barbizon pour se concentrer sur les impressionnistes, puis délaissera ceux-ci au profit des tableaux d’avant-garde. Il établira des contrats avec les plus grands artistes de son temps : Picasso, Braque, Marie Laurencin, Léger,… Et installera leurs œuvres dans les salles de sa galerie, conçues comme de typiques salons parisiens. Tout était calculé pour donner envie aux clients d’acheter !
Rosenberg fut aussi l’un des premiers à comprendre le potentiel et la grande volonté des Américains à acheter des toiles Européennes. En effet, éloigné de Paris en 1940, il part se réfugier à Floirac, avec une partie de ses toiles. Une autre partie prêtée aux Etats-Unis sera épargnée, tandis que l’intégralité du contenu du coffre-fort de Libourne sera spoliée et emportée au Jeu de Paume.[2] Une dernière partie sera laissée à Paris, enregistrée au nom d’un homme de confiance.
En aout 1940, la famille Rosenberg quitte en hâte leur maison de Floirac, traverse l’Espagne et le Portugal, et se réfugie à New York. Seul le fils de Paul, Alexandre, restera sur le continent Européen, participant aux débarquements Alliés. Paul, quant à lui, ouvrira une nouvelle galerie sur la 57eme rue, dans laquelle il organisera de nombreuses expositions au profit des Forces Françaises Libres.[3]
Pendant ce temps, la maison de Floirac et le 21 rue La Boétie sont fouillées et réquisitionnées. Les nazis spolient les dernières œuvres laissées derrière, et transforment la galerie parisienne en Institut d’études des questions juives. Les œuvres prises à Rosenberg, et à de nombreuses familles juives seront utilisées pour de « grandes » expositions à travers toute l’Europe, telles que « Le juif et la France » ou encore les expositions « d’art dégénéré », ou bien sont brulées lors de gigantesques autodafés.
En aout 1944, les allemands voyant leur fin proche décident de mettre tout le stock des œuvres volées sur un train à destination de Berlin. Cependant, aidés par Rose Vallard, Alexandre Rosenberg et sa division parviendront à arrêter le train à Aulnay-Sous-Bois.[4]
A son retour en France, Paul Rosenberg vend le 21 Rue La Boétie et offre à son fils la direction de la galerie de New York. A partir de ce moment là, ce sera un combat sans fin pour récupérer les toiles volées…
Inspirée du livre « 21 rue La Boétie » d’Anne Sinclair, cette exposition retrace donc l’histoire de Paul Rosenberg, en l’insérant dans l’Histoire. On y apprend ainsi le destin de l’art pendant les années noires de la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que l’évolution du métier de marchand d’art depuis le XIXème siècle. La salle concernant les spoliations nazies, et l’usage fait des œuvres volées est selon moi la plus marquante. En effet des œuvres d’artistes allemands officiels et des œuvres « dégénérées » (des mouvements expressionnistes allemands tels que Blaue Reiter ou Die Brücke) y sont accrochées côte à côte, permettant au spectateur de saisir l’ampleur du contrôle de l’état sur les populations.
L’exposition est donc plus historique qu’artistique puisque chaque salle est dédiée à une période de l’histoire de la famille Rosenberg, les tableaux servant plutôt d’illustration, et c’est ce qui la rend unique !
VB