Une découverte à Milan

 

Il ne me reste que très peu de bons souvenirs de Milan. Parmi eux, la découverte d’une oeuvre dont je me souviendrai toute ma vie je l’espère, ou du moins, un certain temps. Un dimanche après-midi pluvieux, je me promène parmi les nombreuses affiches peintes par Toulouse-Lautrec, exposées au Palazzo Reale de Milan, toutes assez similaires, sans grande originalité, autour desquelles les commissaires d’expositions ont accroché des photos, essayant tant bien que mal de nous montrer que chacune est unique.

Fatiguée de ne voir que des photos pornos de danseuses et des dessins de Kamasutra japonais, je finis par me retrouver devant une vidéo des frères Lumière, coloriée à la main. Je m’approche donc, espérant ne pas voir encore une scène érotique. C’est alors que je découvre l’une des plus belles choses que je n’ai jamais vues.

Placée dans un coin, cachée derrière un mur, cette vidéo est ignorée de la plupart des visiteurs, ce qui illustre bien le succès de la femme qu’elle met en scène, qui n’est autre que Loïe Fuller !

Marie Louise Fuller, dite « Loïe » Fuller, arrive à Paris en 1892, peu de temps après avoir inventé la danse Serpentine. N’ayant trouvé aucun succès aux Etats Unis, elle décide de tenter sa chance en Europe, et fait ses débuts aux Folies-Bergères, où elle fait fureur. A partir de ce moment, elle est invitée à se produire aux quatre coins du monde et devient l’un des pionniers de la danse moderne.

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Elle invente  la Serpentine “par hasard” en 1892, ce qui met fin à sa carrière d’actrice. Elle devait jouer le rôle d’une folle hypnotisée par son médecin, et tourbillonner sur scène. Sa robe étant trop longue le jour de la représentation, elle en a attrapé le bout et s’est mise à tournoyer, à la grande admiration de tous les spectateurs. Le soir même, dans sa chambre, elle s’est enroulée dans un morceau de soie blanche et s’est mise à danser devant son miroir, éclairée par les rayons de la Lune.

Cette histoire, très romancée je pense, illustre bien les effets de la Serpentine sur le spectateur. Contrairement à toutes les danseuses de l’époque, dont le seul but est de montrer ce qui était sous leur robe, Fuller veut recréer des éléments naturels, illustrer des émotions, en n’utilisant que les reflets de la lumière sur la soie. Malgré son air de danse improvisée, Loïe Fuller travaille jour et nuit, dans le but de créer des mouvements parfaits.

Peu de temps après son arrivée à Paris, Fuller décide de modifier sa danse en y ajoutant des lumières de couleurs. A l’aide de gels qu’elle a fabriqués, elle crée des verres  colorés, qui seront placés devant les projecteurs qui l’éclairent.

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Plus le temps passe, plus son succès est grand. Elle côtoie les plus grands scientifiques de l’époque (Flammarion, Pierre et Marie Curie), mais aussi les plus grands artistes (Rodin), et écrivains (Dumas, Mallarmé). Elle se lie d’amitié avec Marie de Roumanie.

Elle invente sans cesse de nouvelles danses, et travaille sans arrêt, malgré sa santé qui se détériore. En effet, les projecteurs de lumière peu à peu l’aveuglent et son corps peu à peu ne peut plus supporter les nombreuses heures de préparation et de danses acharnées. C’est alors qu’elle ouvre une école de danse, avec laquelle elle met en scène des ballets, dont il ne reste aujourd’hui que de vagues descriptions. Parmi ses élèves se trouve Isabella Duncan, avec qui elle entretient une relation à la fin de sa vie, et qu’elle fera connaitre en Europe.

Ainsi, Loïe Fuller connaît un succès immense à son époque, et inspire de nombreux artistes en tout genre. Les frères Lumière sont parvenus à capturer la beauté de la danse et illustrer parfaitement la modernité de Fuller, la première danseuse à exploiter l’électricité des Folies-Bergères, et la première à n’utiliser comme décor que l’obscurité de la scène. Cette idée est reprise par les futuristes quelques années plus tard.

Après sa mort, elle est très vite oubliée par le publique, bien qu’elle ait modifié le cours de l’histoire de la danse, du théâtre et même peut être de la chimie. Aujourd’hui, mis à part quelque spécialistes, personne ne connaît son nom.

Cela explique surement pourquoi tant de personnes, à Milan, passaient devant la vidéo sans la regarder ! C’est pourtant bien la seule chose digne d’intérêt de toute l’exposition !

 

VB

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