Josef Albers et la modernité de l’art Zapotèque

Au cours de mon séjour vénitien, j’ai pu visiter l’exposition Josef Albers in Mexico, à la fondation Peggy Guggenheim. Cette exposition retrace les nombreux voyages du couple Albers en Amérique Latine, et l’impact que l’art primitif eût sur leurs travaux.

En 1933, ce couple d’artistes professeurs de l’école du Bauhaus quitte l’Allemagne nazie pour s’installer en Caroline du Nord. C’est alors qu’ils commencent une série de voyages au Mexique, suivant d’abord les routes touristiques traditionnelles, puis se dirigeant progressivement vers des sites archéologiques inaccessibles au public. Se développe alors chez eux une réelle fascination pour l’art et l’architecture précolombiens, qui « offre une preuve rassurante de la vitalité endurante de l’art abstrait ».

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         To Monte Albán,  1942, MoMA, NY

Lors de ces fréquents voyages, Albers prend des myriades de photos dont il fera plusieurs collages. Ceux-ci lui servent de points de départ pour nombre de ses peintures. Les photos de la pyramide de Monte Albán par exemple, lui servent de modèle pour son œuvre To Monte Alban (1942). Il représente le monument de manière simplifiée, transformant les marches en une série de lignes parallèles, créant ainsi une forme géométrique complexe

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Memento, 1943, Guggenheim, NY.

L’art précolombien est utile, toutes les parties d’une œuvre servent. Aussi le couple s’intéresse-t-il également à l’artisanat traditionnel, et particulièrement le tissage. Anni Albers en apprend la technique, pendant que Joseph la réinterprète dans sa peinture. Il utilise des couleurs très vives, mais s’inspire aussi de la texture des tissus, comme on peut le voir dans son Memento (1943).

Ce qui fascine principalement le couple, c’est l’usage systématique de formes géométriques. L’art zapotèque n’est jamais figuratif, toujours abstrait. La série Homage to a Square, reprend un motif très fréquemment utilisé dans l’art « primitif », et le remet au goût du jour. Albers peint trois ou quatre carrés concentriques et de couleurs différentes. Son but est créer “une forme d’art basée sur la connaissance de l’application des lois fondamentales de la forme” et de montrer que « primitif » ne peut être vu comme tel car il nécessite « une compréhension psychologique hautement développée de la nature humaine ». Cette série montre bien l’argument majeur de l’œuvre de Josef Albers dans la seconde moitié de sa vie : l’art contemporain n’est qu’une réinterprétation de l’art « primitif ».

Homage to a Square, 1966
Homage to a Square, 1966

L’exposition présente côte à côte les photographies prises par le couple Albers, et les toiles qu’elles ont inspirées, ce qui permet à l’œil du spectateur de glisser de l’une à l’autre pour créer des parallèles hautement didactiques entre les deux. De plus, les œuvres sont regroupées par lieu et par ordre chronologique. Le visiteur découvre donc l’art zapotèque (et l’Amérique Latine par la même occasion) de la même façon que le couple Albers le fit, 60 ans plus tôt !

VB

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